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Un monstre venu
d'outre-Atlantique
La machine à vendanger fonctionne selon un
principe simple: enjambant les rangs, elle
est munie de batteurs latéraux qui font tomber
les raisins sur un tapis constitué de godets.
Après avoir été débarrassée de la plus grande
partie de ses feuilles par un ventilateur,
la vendange est déposée dans une benne de
transport
Abstraction faite des tracteurs, qui commençaient
à remplacer chevaux, mules ou boeufs dans
les années soixante, les vendanges avaient
conservé leur visage d'antan.
Mais pour toutes ces troupes, qu'elles aient
compté quelques cousins et amis dans les petites
propriétés, ou plusieurs dizaines de coupeurs
dans les grands domaines, l'heure de la fin
allait bien- tôt sonner.
Au début des années soixante-dix, d'étranges
engins firent leur apparition : les machines
à vendanger. Nées aux États-Unis, elles ne
sont que six en 1972. Huit ans plus tard,
on en dénombre près de 1 500, et plus de 7
000 en 1985.
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La machine
à vendanger, menace ou atout pour la qualité
?
Aujourd'hui encore, un quart de siècle après
son apparition dans le vignoble français,
la mécanisation des vendanges fait encore
peur à certains. La qualité du vin ne souffre-t-elle
pas d'un travail automatisé ? La question
est d'autant plus cruciale que la transformation
a touché toutes les régions, qu'elles
produisent des vins de table, de pays, d'AOVDQS
ou d'AOC. C'est d'ailleurs dans l'une des
plus prestigieuses de ces dernières, le Bordelais,
que le phénomène a connu très tôt une extension
rapide: en 1980, la Gironde était le vignoble
le plus mécanisé, arrivant en tête de tous
les départements avec environ trois cents
machines. Il faut dire que toutes les conditions
y étaient réunies: terrains plats, grains
à peau épaisse se détachant facilement.
Il est incontestable qu'au tout début, vers
1971, les machines étaient loin d'offrir toutes
les garanties souhaitables, surtout pour les
vins blancs qui cou- raient des risques d'oxydation.
Mais rapidement la technique a évolué. La
violence de la tête de récolte a été réduite.
Toutes les dégustations qui se sont multipliées
dans les vignobles de qualité l'ont largement
prouvé : l'utilisation des machines ne nuit
pas à la qualité des grands vins. Elle permet
même de récolter les raisins rapidement, au
moment où ils ont atteint leur état de maturation
optimal et où ils se trouvent dans de bonnes
conditions d'hygiène.
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Une vendange
mûre
La machine n'empêche pas l'homme de demeurer
maître de l'essentiel, notamment du choix
du moment de la vendange. Tous les vignerons
le savent: la finesse et la typicité du vin
reposent sur une récolte de raisins parfaitement
mûrs. L'évolution de la maturation résulte
de nombreux facteurs. En premier lieu, il
convient de prendre en
considération les conditions météorologiques
du début du printemps. Ce sont elles qui déterminent
la date de départ de la végétation, qui peut
varier de plus de vingt jours entre une année
précoce et une année tardive. Ensuite, la
durée nécessaire à la maturation est à peu
près constante. Mais elle dépend toutefois
des conditions climatiques de juillet à septembre.
En conséquence, même s'il en a une petite
idée, le vigneron ne sait jamais avec certitude
quel sera le jour idéal pour récolter ses
raisins. C'est en se rendant quotidiennement
dans son vignoble pour examiner les raisins
qu'il va dé- terminer l'instant crucial.
Aspect extérieur, douceur sucrée, chaque
vigneron a son "truc" pour jauger
le raisin ; un secret de famille qui se transmet
de père en fils... ou en fille aujourd'hui.
À ces méthodes nées d'une observation pluriséculaire
du cycle de la vigne et du vin se sont ajoutées,
de nos jours, des analyses chimiques (richesse
et acidité) qui apportent une plus grande
garantie. Dans de nombreuses régions viticoles,
les techniciens et les viticulteurs font,
un mois avant les vendanges, des contrôles
de maturité qui, transcrits sous forme de
courbes, indiquent avec précision le meilleur
moment pour cueillir.
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Le ban
des vendanges
Ce souci de récolter des raisins par- venus
à parfaite maturité n'est pas une attitude
nouvelle. Le ban des vendanges est là pour
le rappeler. Comme
l'indique son nom, qui appartient au vocabulaire
féodal, l'usage de le proclamer remonte au
Moyen Âge, quand le seigneur ou les jurats
fixaient la date à laquelle les vignerons
pouvaient commencer à récolter les raisins.
L'annonce était généralement faite une semaine
avant le jour fatidique. De sévères sanctions
étaient prévues pour punir les contrevenants
et, souvent, les autorités plaçaient des hommes
en armes dans le vignoble. Le début de la
cueillette était fréquemment annoncé par un
roulement de tambours ou une sonnerie de cloches.
Aujourd'hui, c'est par une fête, organisée
par les confréries vineuses, que l'instant
est solennisé. Mais, au-delà de ces manifestations
folkloriques ou touristiques, le ban des vendanges
est toujours une affaire sérieuse. Dans les
régions d'appellation qui pratiquent l'enrichissement,
l'autorisation de commencer la récolte est
soumise à une décision des autorités administratives.
Dans chaque départe- ment, c'est le préfet,
en concertation avec les organisations professionnelles,
qui détermine à quelle date les travaux peuvent
commencer.
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